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Budget · 30 août 2026 · 9 min

Une semaine à Ibiza : le vrai budget, poste par poste

On me répète qu'Ibiza est hors de prix. C'est vrai pour l'île des beach clubs, faux pour celle des habitués : voici ce que coûte vraiment une semaine, poste par poste.

On me pose la question chaque printemps, souvent avec une pointe d'inquiétude : Ibiza, c'est hors de prix, non ? Ma réponse tient en une phrase. L'île que montrent les magazines est effectivement hors de prix. L'île que je retrouve chaque été depuis trente ans ne l'est pas. Les deux existent, parfois à cinq cents mètres l'une de l'autre.

Le mythe n'est pas né de rien. Si votre semaine se résume à des transats réservés dans des beach clubs, des tables repérées sur les réseaux et des nuits dans les grands clubs, l'addition grimpe très vite, et très haut. C'est cette île-là qui fait les gros titres. Mais il en existe une autre, celle des marchés, des menus du midi et des criques où l'on n'a besoin que d'une serviette. Celle-là se vit avec un budget étonnamment raisonnable. Je vous propose donc de reprendre les choses poste par poste, avec des fourchettes honnêtes plutôt que des chiffres au centime près, parce que les prix bougent d'une saison à l'autre et d'une année à l'autre, et que toute personne qui vous promet un budget exact vous raconte une histoire.

Les vols : tout se joue au moment de la réservation

Le billet d'avion est le poste le plus variable de tous, et celui sur lequel vous avez le plus de prise. Depuis la France, un aller-retour peut se trouver autour de 80 à 150 euros en mai, juin ou septembre, à condition de réserver plusieurs mois à l'avance. Le même trajet, acheté quelques semaines avant un départ en plein mois d'août, dépasse facilement 300 ou 400 euros. Ce n'est pas une anomalie, c'est la mécanique normale d'une île où la demande estivale écrase tout le reste du calendrier.

Ma méthode n'a rien de sorcier. Je choisis mes dates tôt, je surveille les prix dès l'hiver, et j'évite quand je le peux les départs du samedi, les plus demandés. Deux leviers comptent plus que tous les autres : la saison et l'anticipation. Un billet de juin réservé en février coûte souvent deux à trois fois moins cher qu'un billet d'août réservé au dernier moment. Si vos dates sont contraintes par des vacances scolaires, il vous reste un seul levier, l'anticipation : utilisez-le sans attendre, dès que vos dates sont posées.

Le logement : le poste qui décide de tout

C'est ici que votre budget se joue vraiment. Le logement représente, dans la plupart des cas, entre un tiers et la moitié du coût total de la semaine, et c'est lui qui donne le ton de tout le reste. Un logement avec une cuisine change votre budget repas. Un logement bien situé réduit vos trajets et vos tentations de taxi. Un logement choisi tard, en pleine saison, dévore tout le reste du voyage.

Les ordres de grandeur, pour fixer les idées : un appartement simple pour deux personnes se trouve autour de 90 à 150 euros la nuit en juin ou en septembre. Le même, en plein août, grimpe couramment entre 180 et 300 euros la nuit, quand il est encore disponible. Les hôtels suivent la même courbe, avec des écarts encore plus marqués pour les établissements en bord de mer. La règle que j'ai vérifiée année après année tient en une ligne : entre la mi-juillet et la fin août, comptez grosso modo le double de juin, pour la même chambre, la même vue et le même petit déjeuner.

Mon conseil d'habituée : si vos dates sont libres, prenez septembre. La mer est à sa meilleure température de l'année, la lumière est superbe, l'île se détend, et votre logement coûte parfois moitié moins qu'en août. C'est le meilleur rapport plaisir prix de l'année, et de loin.

La voiture de location : le budget que tout le monde oublie

Je préfère vous le dire franchement : à Ibiza, la voiture est quasi obligatoire. Les bus existent et fonctionnent correctement sur les grands axes, mais les plus jolies criques, les villages de l'intérieur et les points de vue du coucher de soleil ne sont tout simplement pas desservis. Quant aux taxis, ils se font rares en été, précisément au moment où tout le monde en cherche un.

Côté prix, la saisonnalité est aussi brutale que pour le logement. En mai, juin ou octobre, une petite voiture se loue autour de 25 à 40 euros par jour. En août, la même dépasse souvent 60 à 80 euros par jour, et les dernières disponibilités partent à des tarifs qui n'ont plus grand sens. Là encore, la réservation anticipée fait toute la différence : je réserve la voiture en même temps que les vols, jamais après, et jamais sur place.

Ajoutez le carburant, modéré sur une île où les distances sont courtes, et le parking, gratuit presque partout hors des zones les plus touristiques. Au total, la voiture pèse rarement plus que quelques centaines d'euros sur la semaine, mais elle transforme complètement ce que vous vivez. Sans elle, vous ne voyez qu'une petite partie de l'île, et souvent la moins intéressante.

Manger : trois niveaux, trois budgets

C'est le poste où l'écart entre l'île des touristes et l'île des habitués est le plus spectaculaire. Je distingue trois niveaux, et vous naviguerez probablement entre les trois au fil de la semaine.

Premier niveau : les supermarchés et les marchés. Si votre logement a une cuisine, vous mangez à Ibiza comme vous mangeriez ailleurs en Espagne, c'est-à-dire bien et pour un prix raisonnable. Fruits, légumes, poisson, fromage, pain : comptez l'équivalent de 10 à 15 euros par jour et par personne pour les petits déjeuners et une partie des repas. Les marchés de producteurs ajoutent le plaisir à l'économie, et un pique-nique dans une crique vaut bien des restaurants.

Deuxième niveau : le menu del día. C'est l'institution espagnole que trop de visiteurs ignorent. Dans les bars d'habitués, à midi et en semaine, un menu complet avec entrée, plat, dessert et boisson se paie généralement entre 12 et 18 euros. On y mange une cuisine simple et vraie, entouré de gens qui travaillent sur l'île. C'est mon niveau préféré, et de très loin le meilleur rapport qualité prix qu'on puisse trouver ici.

Troisième niveau : les tables gastronomiques et les beach clubs. C'est ici que l'addition explose. Un plat à 30 ou 50 euros, un cocktail autour de 18, un transat qui se réserve avec un minimum de consommation : une journée dans un beach club en vue dépasse facilement 150 euros par personne, parfois beaucoup plus. Rien ne vous y oblige. Si l'expérience vous tente, prévoyez-la comme un extra assumé, une fois dans la semaine, pas comme un mode de vie.

La vérité que je répète à tous ceux qui me demandent conseil : à Ibiza, on ne paie pas ce qu'on mange, on paie l'adresse où on le mange. Bien choisir ses adresses, c'est exactement ce qui évite de payer le prix touriste pour une assiette moyenne. C'est tout le travail que j'ai mis dans ma carte privée de 59 adresses, triées en trente ans d'allers-retours : les bars de famille, les tables où les prix sont restés honnêtes, les endroits où l'on vous reçoit comme un habitué et non comme un portefeuille.

Ce qui ne coûte rien et qui fait le sel de l'île

Voici le chapitre que les brochures oublient toujours : le meilleur d'Ibiza est gratuit. Les criques, d'abord. Des dizaines de plages et de calas, des plus accessibles aux plus discrètes, où votre seule dépense est la serviette que vous avez déjà dans votre valise. Les couchers de soleil de la côte ouest, qui rassemblent chaque soir des gens venus de partout pour un spectacle qui ne coûte pas un centime. Dalt Vila, la vieille ville fortifiée classée par l'Unesco, dont les remparts et les ruelles se parcourent librement, à toute heure du jour et de la nuit. Les marchés, où flâner est un plaisir en soi. Les villages blancs de l'intérieur, les champs d'amandiers, les sentiers côtiers qui mènent d'une crique à l'autre.

Une journée entière peut s'écouler ainsi sans sortir un billet, et ce sont souvent ces journées-là que mes proches me redemandent d'année en année. Pour vous donner une idée concrète de ce que cela donne du matin au soir, j'ai raconté ma journée type à Ibiza, en accès libre : vous y verrez que les plus beaux moments de l'île ne figurent sur aucune addition.

La fête, si vous y tenez

Je ne vais pas faire semblant : la fête fait partie de l'île, et si c'est pour elle que vous venez, il faut la budgéter les yeux ouverts, car c'est le poste le plus cher de tous au regard du nombre d'heures qu'il occupe.

Les ordres de grandeur, sans détour : l'entrée d'un grand club se situe généralement entre 40 et 80 euros, davantage pour les plus grosses affiches de l'été. À l'intérieur, une boisson se paie couramment 15 à 20 euros, et même l'eau se facture à des prix qui font sourire jaune. Une soirée complète, entre l'entrée, quelques consommations et le retour, atteint vite 100 à 200 euros par personne. Deux soirées dans la semaine, et vous avez dépensé l'équivalent de votre billet d'avion et de plusieurs jours de voiture réunis.

Je ne juge personne : ces nuits-là peuvent être inoubliables, et elles font partie de l'histoire de l'île. Je dis simplement ceci : que la fête soit un choix, pas un réflexe. Une seule vraie soirée, choisie avec soin, vaut mieux que trois enchaînées par habitude.

Trois curseurs, du simple au triple

Résumons. Après trente ans d'allers-retours, je peux réduire tout le budget d'une semaine à trois curseurs.

Concrètement : une semaine à deux en juin, dans un appartement simple, avec des menus du midi, des criques, des couchers de soleil et un ou deux bons restaurants, peut se vivre autour de 800 à 1200 euros par personne, vols compris. La même semaine en août, dans un hôtel bien placé, avec un beach club et deux nuits en club, dépasse sans effort 2500 à 3000 euros par personne. Même île, même mer, même lumière : du simple au triple, uniquement selon la position de vos trois curseurs.

La bonne nouvelle, c'est que ces curseurs sont entre vos mains. Ibiza n'est pas une île chère en soi : c'est une île qui fait payer très cher ceux qui arrivent sans repères, et qui reste étonnamment douce avec ceux qui savent où poser leur serviette et leur fourchette. Trente ans après ma première fois, c'est toujours cette île-là que je retrouve chaque été, et c'est celle-là que je vous souhaite.

Joyce offre une journée entière de sa carte, heure par heure, avec ses adresses.

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