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Saisons · 24 août 2026 · 8 min

Ibiza en septembre-octobre : l'île après la fête

Chaque année, quand les valises des fêtards repartent vers l'aéroport, je souris : ma saison à moi commence. Laissez-moi vous raconter l'île que je préfère, celle de septembre et d'octobre.

On me demande souvent quel est le meilleur moment pour découvrir Ibiza. Depuis trente ans que je pose mes valises sur cette île, ma réponse n'a jamais varié : septembre, et le début d'octobre pour les plus patients. C'est le moment où l'île expire enfin, où elle redevient elle-même après deux mois de bruit, de foule et de moteurs de yachts. Les habitués le savent, les habitants le disent entre eux, et moi je vous le confie ici : si vous n'avez qu'une seule période à choisir dans l'année, choisissez celle-là. Voici, très concrètement, ce qui vous attend quand la fête s'éteint.

Pourquoi septembre est mon mois préféré

La première raison tient en un mot : la mer. Elle a emmagasiné toute la chaleur de l'été et atteint son maximum précisément quand tout le monde s'en va. On se baigne le matin avant le café, on se baigne encore à sept heures du soir, et on ne frissonne jamais. C'est un luxe que juin, malgré sa réputation, ne vous offrira pas : en début de saison l'eau reste vive, presque mordante. En septembre, elle vous accueille.

La deuxième raison, c'est la lumière. Le soleil descend un peu sur l'horizon, il devient doré, presque rasant en fin de journée. Les façades blanches de l'île prennent une teinte de miel, la mer vire à un bleu plus profond, et les couchers de soleil de la côte ouest, ceux qui font face à Es Vedrà, gagnent une intensité que le plein été ne connaît pas. Je ne suis pas photographe, mais c'est en septembre que je prends mes plus belles photos, sans le moindre effort.

Et puis il y a le calme. La rentrée scolaire rappelle les familles, les fêtards suivent le calendrier des fermetures de clubs, et l'île se vide par vagues successives. On retrouve des plages où l'on pose sa serviette sans calculer, des routes où l'on roule sans s'agacer, des terrasses où le serveur a le temps de vous parler. Les gens qui restent sont ceux qui aiment vraiment l'île, et cela change l'atmosphère de tout.

La première fois que j'ai passé un mois de septembre entier ici, j'ai eu le sentiment de rencontrer une autre île. Même les chats des villages semblaient plus détendus. Depuis, je cale mes séjours les plus longs sur cette période, sans exception.

Ce qui ferme, ce qui reste ouvert

Soyons honnêtes, car c'est la question qui inquiète le plus : non, tout ne reste pas ouvert. Mais l'île ne s'arrête pas d'un coup, elle ralentit par paliers. Les grandes discothèques organisent leurs soirées de clôture entre fin septembre et la première quinzaine d'octobre. Si vous venez début septembre, vous ne verrez presque aucune différence sur ce plan. Si vous venez fin octobre, la nuit ibicenca sera en sommeil, et franchement, ce n'est pas une perte si vous venez pour l'île elle-même.

Les beach clubs suivent le même mouvement : beaucoup réduisent leurs horaires en octobre puis baissent le rideau pour l'hiver. En revanche, et c'est là que tout se joue, les restaurants d'habitués tiennent bon. Les maisons tenues par des familles de l'île, les tables de village, les petits comptoirs où mangent les pêcheurs et les artisans restent ouverts bien après le départ des touristes, parce que leur clientèle, c'est l'île elle-même. C'est exactement dans ces endroits-là que je passe mes soirées d'automne, et c'est là que se mange la meilleure cuisine ibicenca de l'année.

Pour vous repérer, retenez cette règle simple :

Un conseil pratique : hors saison, appelez toujours avant de faire la route. Certains lieux ferment un ou deux jours par semaine en automne, et rien n'est plus frustrant qu'un rideau baissé après quarante minutes de virages.

La météo réelle, sans carte postale

Parlons chiffres, parce que je vous dois la vérité et pas une brochure. En septembre, comptez 27 à 29 degrés l'après-midi, des soirées douces où un simple gilet suffit, et une mer entre 25 et 26 degrés. C'est, objectivement, la meilleure combinaison de l'année. En octobre, tout glisse doucement : 22 à 25 degrés en journée la première quinzaine, un peu moins ensuite, et une mer qui reste étonnamment accueillante. Je me baigne personnellement jusqu'à la fin du mois d'octobre, et je ne suis pas particulièrement courageuse. Il faut juste choisir les heures chaudes et les criques abritées du vent.

Les premières pluies arrivent généralement en septembre, sous forme d'orages méditerranéens : violents, spectaculaires, et courts. Un ciel noir qui déboule, une heure de déluge, puis un soleil lavé qui rend l'île éclatante. Les journées entièrement grises existent, mais elles restent rares avant novembre. Prévoyez simplement une activité de repli par semaine de séjour, un marché couvert, un musée, une longue table au déjeuner, et vous ne serez jamais pris au dépourvu.

Le vent mérite un mot : en automne, il se lève plus souvent. Un jour de tramontane, la côte nord devient sauvage et la côte sud reste paisible. Apprenez ce réflexe d'insulaire : on ne choisit pas sa plage la veille, on la choisit le matin, en regardant d'où vient le vent.

Les endroits qui changent de visage

Certains lieux que vous connaissez peut-être de réputation deviennent méconnaissables hors saison, dans le bon sens du terme. Dalt Vila, la vieille ville fortifiée d'Ibiza, en est l'exemple parfait. En août, on y monte en file indienne. En octobre, vous grimpez les ruelles pavées presque seul, les remparts pour vous, avec cette lumière oblique qui dore la pierre. C'est une autre visite, une autre émotion. J'y retourne chaque automne comme si c'était la première fois.

Les marchés hippies changent eux aussi de tempo. Las Dalias continue de vivre en automne, avec moins de stands mais plus d'âme : les artisans ont le temps de discuter, on flâne au lieu de piétiner, et on découvre enfin ce qu'on était venu chercher. Les grandes plages du sud, comme Las Salinas, retrouvent leur beauté brute une fois les rangées de transats repliées : du sable, des salines roses en arrière-plan, et le silence.

Mais c'est le nord de l'île qui gagne le plus au changement de saison. Cette partie d'Ibiza, plus rurale, plus boisée, plus secrète, vit à l'année. En automne, ses villages reprennent leur rythme véritable : les anciens sur les bancs, les oliviers qu'on taille, les figues qui sèchent. C'est le visage de l'île que je préfère, celui qui m'a fait revenir pendant trente ans. Si vous voulez une idée très concrète de la façon dont j'organise une journée parfaite à cette période, je vous ai préparé une journée type complète, offerte, que vous pouvez consulter ici : elle vous donnera le tempo juste, du café du matin au dernier bain du soir.

Un matin d'octobre, dans un village du nord, un vieil homme m'a tendu une poignée d'amandes fraîches par-dessus son muret, sans un mot, juste un sourire. Trente ans d'île, et ce sont ces minutes-là que je garde.

Parlons prix, honnêtement

C'est l'autre grande bonne nouvelle de l'automne : Ibiza redevient abordable, ou du moins raisonnable. Sur les vols d'abord : dès la deuxième semaine de septembre, les tarifs depuis la France baissent nettement, et en octobre on trouve régulièrement des allers-retours au prix d'un bon restaurant d'été. Réservez tout de même deux ou trois semaines à l'avance, les liaisons directes se raréfient en fin de saison.

Sur les locations ensuite : c'est le poste où la différence est la plus spectaculaire. Une villa ou un appartement qui affiche des tarifs vertigineux en août peut coûter deux fois moins cher fin septembre, parfois moins encore en octobre. Les propriétaires préfèrent louer que laisser vide, et les séjours d'une semaine ou plus se négocient. C'est le moment de vous offrir la maison avec vue que vous n'auriez jamais envisagée en été.

Sur les restaurants enfin, soyons précis : les cartes ne baissent pas vraiment, une bonne table reste une bonne table. En revanche, les menus du midi réapparaissent, les formules destinées aux gens de l'île reprennent leurs droits, et l'on mange très bien pour un prix honnête là où, deux mois plus tôt, la même table affichait complet trois semaines à l'avance. Vous dépenserez moins non pas parce que tout est bradé, mais parce que vous mangerez enfin là où mangent les habitants.

Mes rituels de fin de saison

Chaque fin d'été, je répète les mêmes gestes, comme on salue une amie avant une longue absence. Il y a ce dernier long bain du matin dans une crique de l'est que je fréquente depuis des décennies, quand l'eau est encore lisse et que la plage n'appartient qu'aux lève-tôt. Il y a ce déjeuner de poisson chez une famille qui me connaît depuis assez longtemps pour ne plus m'apporter la carte. Il y a cette promenade au coucher du soleil sur une pointe de la côte ouest, toujours la même, où je fais mes comptes de l'année écoulée. Et il y a ce marché d'automne où j'achète du sel, du miel et des herbes, mes provisions d'île pour affronter l'hiver continental.

Vous remarquerez que je ne vous donne ni les noms ni les chemins : ces adresses-là, je les ai mises de côté une par une pendant trente ans, et je les réserve à ceux qui veulent vraiment les recevoir. Les cinquante-neuf lieux qui composent ma carte privée d'Ibiza, que je partage ici, sont exactement cela : mes criques, mes tables d'habitués, mes échoppes, mes points de vue, tous vérifiés, saison après saison. L'article que vous venez de lire vous donne la saison idéale ; la carte vous donne les lieux.

Alors oui, venez en septembre. Venez même en octobre si vous aimez les îles qui parlent bas. Vous trouverez une mer chaude, une lumière que vous n'oublierez pas, des prix redevenus décents et une Ibiza sincère, débarrassée de son maquillage d'été. C'est celle que j'aime depuis trente ans, et je serais heureuse qu'elle devienne aussi la vôtre.

On dit ici que l'île choisit ses gens. Je crois surtout qu'elle attend septembre pour se montrer à ceux qui savent rester.

Joyce offre une journée entière de sa carte, heure par heure, avec ses adresses.

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